Loi anti-tabac en Espagne

Publié le par Pascal

Espagne: la loi anti-tabac en version light dans les bars, drastique dans les bureaux
La révolution antitabac semblait loin d'être gagnée dans les petits bars et restaurants du centre de Madrid lundi, journée test pour l'une des lois les plus restrictives d'Europe qui oblige désormais les employés à allumer leur cigarette dans la rue.

Sur les 14 établissements encadrant la cour pavée de la très touristique Plaza Mayor, douze ont collé à l'entrée une affichette annonçant si l'établissement est fumeur ou non, conformément à la loi entrée en vigueur le 1er janvier.

La moitié a opté pour la version fumeur.

"Nous en avons discuté avec les habitués, et ceux qui ne fument pas ont dit qu'ils continueraient à venir si l'établissement restait fumeur", dit à l'AFP José Gonzalez, le responsable du Meson del Corregidor.

Tout établissement de moins de 100m2 doit choisir entre fumeur ou non. Au-delà, la loi oblige à n'admettre le tabac que dans des espaces aménagés ne dépassant pas 30% de la surface.

Non loin du Meson, la cafétéria Magerit a interdit le tabac. Selon le serveur, Andrés Gomez, pour l'instant la consigne est respectée. Seul un client est entré en fumant par mégarde, mais il a éteint sa cigarette sans rechigner. Une cliente, Lorena, avoue s'être décidée pour ce bar de la Plaza Mayor après avoir vu le carton non fumeur.

"Pour l'instant, il n'y a pas de problème, on verra si cela fait fuir ou pas les clients. Mais les gens sont préparés, surtout les touristes", assure le serveur.

Dans certains établissements commerciaux non fumeurs, la tension était perceptible. Dans le magazin-restaurant "Maison du Jambon", un serveur de mauvaise humeur explique que "les gens font ce qu'ils veulent, je ne vais pas me disputer avec un client qui me fait vivre".

Chez un coiffeur d'un quartier huppé de Madrid, une cliente interrogeait anxieuseusement: "je peux fumer pendant la couleur ?". "Non, ni vous, ni nous", a répondu un employé avec un profond soupir. La cliente a éclaté d'un rire nerveux: "tant pis, je sortirai sur le trottoir, en peignoir et tout !".

Dans les bureaux, où il est totalement interdit de fumer, la loi semble devoir condamner les mythes du banquier amateur de cigares ou du journaliste fumeur névrotique.

Au quotidien El Mundo, les deux espaces fumeurs sont désormais hors service, personne ne fumait lundi dans les bâtiments et les journalistes anxieux sont allés fumer dans la rue, a raconté l'un d'eux, Carlos Alvaro, qui a assuré l'AFP qu'il était "d'accord avec la loi". "Mais elle devrait être appliquée de façon progressive".

La banque Santander Central Hispano (SCH) a retiré ses derniers cendriers autour des machines à café, et les employés se déplaçaient en groupe à l'extérieur de la Cité financière pour fumer malgré le froid, a raconté une porte-parole.

Un employé surpris en train de fumer au travail risque une amende allant de 30 à 10.000 euros en cas de récidive.

La Fédération espagnole d'Hôtelerie (FEHR) estime que 90% des petits établissements hôteliers choisiront de rester fumeurs dans un premier temps.

"Le plus problématique concerne les établissements de plus de 100m2", explique à l'AFP José Luis Guerra, de la FEHR. Car l'aménagement de zones fumeurs "suppose un investissement moyen par établissement de 8.000 à 14.000 euros, et plus de 20.000 euros pour les discothèques", selon M. Guerra.

Les établissements ont huit mois pour les travaux, mais la FEHR assure que ce sera "trop court" compte tenu du délai de délivrance des permis de construire par les mairies.

L'Espagne, second pays touristique au monde, compte 300.000 établissements hôteliers, dont 120.000 de petite taille.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, les Espagnols sont parmi les plus gros fumeurs de l'Union européenne, avec 28,1% de la population.

Source : www.linternaute.com article du 02.01.06

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