L'état veut interdire le tabac dans les lieux publics

Publié le par Pascal

Fort d'un sondage indiquant que 78% des Français veulent voir la cigarette bannie en public, le ministre de la Santé accélère son plan antifumeurs.

Pendant les échauffourées, l'action gouvernementale doit continuer. C'est, du moins, l'avis du ministre de la Santé Xavier Bertrand, qui prépare un plan sur le tabac et espère le faire passer, même en cette période chamboulée. Son but : arriver, à terme, à l'interdiction totale de fumer dans les lieux publics.

 

Un sondage Ifop confidentiel, réalisé le 24 février pour le compte du gouvernement, apporte de l'eau à son moulin. Contrairement à une impression répandue, 78% des Français sont favorables à une interdiction totale de fumer dans les lieux publics. Ce pourcentage est très largement réparti dans la population, avec deux fractures il est vrai : les retraités sont beaucoup plus allants (89%) que les 15-24 ans (66%) et les attentes beaucoup plus fortes pour une interdiction totale dans les entreprises (78%) et les restaurants (74%) que dans les discothèques et les cafés (57%).

 

60 000 décès par an imputables au tabac

 

Depuis plusieurs semaines, le ministre de la Santé pousse ses pions, au nom de la santé publique, de l'Europe, et de la «protection des fumeurs passifs». Il a consulté ceux qu'il appelle les «acteurs du tabac», débitants, restaurateurs, propriétaires de discothèque, associations de lutte contre le tabac, représentants patronaux, industriels du tabac. Il a aussi pris langue avec les parlementaires, qui sont de redoutables relais d'opinion, et avec les producteurs de substituts antitabac. «Vous seriez surpris de la position des uns et des autres», assure-t-il aujourd'hui.

 

On comprend, par cette phrase un peu sibylline, que les esprits évoluent et que la passion qui a prévalu lors de l'instauration de la loi Evin, en 1991, appartient sans doute au passé. Clairement, les fumeurs perdent petit à petit du terrain et si la loi Evin est mal appliquée, il se trouve désormais plus de gens pour le regretter que pour s'en satisfaire.

 

Mais ce plan, pour justifié qu'il soit – il y a chaque année, 60 000 décès directement imputables au tabac, entre 3 et 5 000 morts par tabagisme passif –, n'est pas si aisé à imposer. Il faut, d'une part, choisir le tempo de cette interdiction, à un an de la présidentielle. Les intérêts économiques de la filière plaideraient pour une mesure étalée dans le temps, permettant notamment aux débitants de se reconvertir. La protection des non-fumeurs, la crainte des procès futurs ainsi que la volonté de frapper un grand coup politique militent au contraire pour une décision couperet. Quitte à lancer, dans la foulée, un plan d'aide pour ceux qui souhaitent arrêter de fumer (remboursement des produits de substitution ou des visites médicales dans des centres spécialisés...).

 

Ce sont les jeunes qui fument le plus

 

Xavier Bertrand dit n'avoir pas encore «choisi les modalités» de son action. Il a promis de sortir du bois d'ici à la fin du mois : les socialistes, qui comptent présenter une proposition de loi en ce sens à la mi-mai, jouent à cet égard un rôle d'aiguillon.

 

Il y a quelques semaines, Matignon semblait plutôt partant pour cette décision. Mais depuis, la crise du CPE ainsi que les couacs de la loi sur le téléchargement sont passés par-là et ont braqué une partie de la jeunesse.

 

Or, selon l'Ifop, ce sont les jeunes qui fument le plus, eux qui fréquentent le plus les discothèques et bars d'ambiance.

 

Des voix s'élèvent donc ici ou là pour presser le gouvernement de ne pas «en rajouter une louche» vis-à-vis de cette catégorie de Français. Il reste peu de temps à Xavier Bertrand pour convaincre que son plan relève bien de l'intérêt général.

Source : www.lefigaro.fr article du 24.03.06

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