Une nouvelle voie s’ouvre pour la recherche sur les embryons humains

Publié le par Pascal

Assujetties aux polémiques, les recherches sur les embryons humains permettraient toutefois des avancées scientifiques majeures, voire sauver des vies à l’avenir...

Les chercheurs américains sont parvenus à créer des lignées de cellules souches embryonnaires humaines à partir d’un embryon sans que celui-ci soit détruit. Cette découverte, publiée récemment sur le site de la revue britannique Nature, est d’un intérêt majeur tant en ce qui concerne la technique utilisée que les questions éthiques et religieuses qu’elle permettrait de contourner. Notamment aux Etats-Unis, où le président Bush a, le 19 juillet dernier, usé de son droit de veto pour bloquer un texte étendant la recherche sur ce type de cellules.

Les biologistes qui sont parvenus à ce résultat ne sont pas des inconnus. Il s’agit de la même équipe de l’Advanced Cell Technology, une société de biotechnologie du Massachusetts, qui, sous la direction de Robert Lanza, avait déjà réussi en 2005 cette même opération sur des souris. Ils étaient alors parvenus à produire cinq lignées de cellules souches. Ce travail, salué par toute la communauté scientifique, avait été publié par Nature au début de cette année.

Jusqu’ici, toutes les lignées de cellules souches embryonnaires humaines étaient dérivées de cellules provenant de blastocytes, c’est-à-dire d’embryons de cinq jours composés d’une centaine de cellules. Une opération qui conduisait inévitablement à la destruction de l’embryon utilisé. Robert Lanza, Young Chung et ses collègues ont délibérément tourné le dos à cette technique, préférant utiliser non pas des blastocytes mais des embryons de huit à dix cellules seulement, au stade blastomère.

En fait, les chercheurs américains ont travaillé sur des embryons qui étaient au même stade de développement que ceux sur lesquels sont parfois pratiqués des diagnostics préimplantatoires (DPI). Ces diagnostics permettent, après une fécondation in vitro, de sélectionner, avant qu’ils ne soient implantés dans l’utérus, des embryons qui ne soient pas porteurs de maladies génétiques comme la mucoviscidose, la myopathie ou une trisomie.

Les techniques utilisées à cette occasion leur ont permis de prélever une cellule unique sur chacun des 16 embryons surnuméraires qui leur avaient été fournis par des cliniques. Et ce sans que l’embryon en soit ensuite affecté dans son développement. Les biologistes d’ACT ont alors cultivé ces cellules qui ont la capacité de se répliquer à l’identique et ont produit ainsi deux lignées de cellules souches. C’est avec ce type de cellules qu’on espère mettre en oeuvre la thérapie régénérative pour remplacer demain des tissus (cardiaques, nerveux, musculaires, etc.) lésés ou défaillants.

Pour le biologiste Axel Kahn, directeur de l’Institut Cochin (Paris-V), le résultat obtenu par les Américains constitue “un tour de force”. Mais si cette recherche est riche de promesses, beaucoup de travail reste à faire. D’abord reproduire l’expérience pour la confirmer et ne pas connaître les déceptions qu’avait en son temps déclenché l’affaire Hwang en Corée du Sud. Ensuite, poursuivre les recherches pour savoir si ces cellules particulières “à grande capacité proliférative” n’en cachent pas d’autres moins agréables et ne sont pas susceptibles de provoquer des tumeurs.

Enfin, si le travail d’ACT se confirme, c’est la voie ouverte à bien des recherches sur ces cellules nées d’embryons sans que la morale en soit pour autant heurtée. La législation sur ce point n’est pas toujours adaptée et varie grandement selon les pays.

En réalité, c’est surtout dans des pays comme les Etats-Unis, où le débat éthique suscité par ces recherches provoque des polémiques politiques majeures, que cette découverte pourrait avoir des conséquences positives importantes. Le 18 juillet, par 63 voix contre 37, le Sénat américain avait adopté une loi qui supprime les limites fixées par l’administration Bush au financement public des recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines. Dès le lendemain, le président George Bush bloquait ce texte, faisant passer sa foi chrétienne avant toute forme de considération scientifique et politique.

Il a ainsi pris le risque de se mettre à dos la communauté scientifique américaine, favorable à ce qu’une grande partie des 400 000 embryons “orphelins” recensés aux Etats-Unis (il y en aurait environ 100 000 en France) puissent être utilisés à des fins de recherche. Plusieurs éditorialistes américains se sont d’ailleurs interrogés sur les conséquences que cette décision pourrait électoralement avoir pour le Parti républicain.

En Europe, les travaux publiés aujourd’hui par Nature pourraient, s’ils étaient confirmés, avoir également des conséquences positives. Le 24 juillet, l’Union européenne a en effet approuvé le financement communautaire de certaines recherches menées sur des cellules souches embryonnaires humaines, mais à la condition que ces travaux n’impliquent pas la destruction d’embryons humains. En d’autres termes, seules les lignées de cellules souches actuellement existantes pourront faire l’objet de recherches dotées d’un financement communautaire.

Ce compromis teinté d’hypocrisie – ces lignées ont été obtenues à la suite de la destruction des embryons dont elles sont issues – faisait suite à l’opposition de pays tels que la Pologne, l’Autriche, la Slovaquie, la Lituanie et Malte qui défendent une position d’interdiction radicale fondée sur des convictions religieuses. A l’opposé, deux pays européens, la Belgique et le Royaume-Uni, ont autorisé la production de cellules souches non pas à partir d’embryons “orphelins”, comme en France ou en Espagne, mais après création embryonnaire par clonage.

Source : www.lexpress.mu

Publié dans l'info minute

Commenter cet article

Lulu 29/08/2006 09:54

Je crois que je vais me procurer Nature mais il est en anglais je crois?? (je lis très mal l'anglais :-(