«Sans donneur, je ne serais plus en vie»

Publié le par Pascal

Si je suis encore en vie, je le dois aux proches de ce jeune, qui ont pris la difficile décision de faire don de ses organes. Je suis profondément reconnaissant de ce geste, pris dans un moment aussi dramatique, confie Harold Lange (45 ans), un Saint-Preyard qui a subi deux greffes, une des poumons il y a 11 ans, et une d’un rein l’an dernier.

Un décès par semaine dans notre pays faute d’organe disponible. La Suisse fait figure de mauvais élève en Europe en matière de don d’organes. L’an dernier près de 1200 malades gravement atteints étaient dans l’attente d’une transplantation. Seules 413 ont pu être greffées. Une meilleure information permettrait de sauver des vies.

La mucoviscidose a été diagnostiquée vers 6 ans chez Harold. Sa santé s’est dégradée et n’allait pas s’améliorer avec le temps. On avait dit à ma mère que je n’arriverais pas à l’âge adulte. Dès 1992, il n’avait plus que 30% de sa capacité pulmonaire. En 1995, il a été mis sur la liste d’attente pour une greffe des poumons. Un soir le téléphone sonne. Un organe était disponible. Je n’étais même pas tellement angoissé. Pour moi ou ça passait ou ça cassait. Sans de nouveaux poumons, je n’avais aucune chance de survie.

L’intervention a duré 13 heures. Mais après l’opération, ses poumons ne fonctionnaient plus sans l’aide d’une machine. Aux soins intensifs, ses fonctions physiques se sont améliorées. J’ai eu de la chance de ne pas faire de rejet, mais je devais prendre beaucoup de médicaments, ce à quoi j’étais déjà habitué, vu mes antécédents médicaux. Au niveau psychologique, je n’ai pas fait pas de blocage par rapport à la provenance de l’organe greffé. Je n’y ai pas trop pensé au début. J’essayais d’évacuer, mais après, j’ai surtout pensé aux parents du jeune, qui avaient permis que ma vie continue. Même si je pouvais enfin respirer normalement, je continuais à avoir toutes sortes de problèmes à cause de ce gène - la mucoviscidose est une maladie génétique inguérissable - qui détraque tout l’organisme.

s’est bien passé jusqu’en 2003, où lors d’un contrôle, les médecins diagnostiquent une insuffisance rénale. Son cas est sérieux. Trois fois par semaine, il subit des dialyses de trois heures et demie chacune.
Ma femme a décidé de me faire le plus beau cadeau, en me donnant un rein pour me permettre de revivre. Malheureusement, l’opération qui selon les médecins devait être imminente, a dû être repoussée suite à un autre coup du destin. Harold souffrait d’un début de cancer de la peau. Une fois ce début de cancer soigné, le rein a pu être greffé le 13 septembre 2005 au CHUV.

La population doit mieux être sensibilisée au don d’organes. Actuellement l’état de santé d’Harold est bon, ses poumons et ses reins sont en excellent état. Et il a repris son activité de dessinateur en bâtiment à mi-temps. Sans le soutien de ma femme, rien n’aurait été pareil. Elle a toujours été à mes côtés. Si ma vie s’est améliorée, elle s’est aussi améliorée pour elle. Tout au long de son calvaire, Harold s’est plongé dans la lecture. Je me suis imprégné d’une certaine philosophie et j’ai trouvé un sens à ma vie. Je suis un homme heureux, bien plus que certains bien portants. Je n’ai rien à faire des statistiques. Chaque individu est différent et les projections ne sont pas pour moi. Je suis serein. Je sais accepter ce que la vie me donne, sans vouloir avoir plus.

Pour permettre à d’autres de survivre, comme lui en a eu la chance, l’information devrait mieux passer. Je peux comprendre les craintes des gens à donner leurs organes, mais souvent elles sont infondées. Ils ignorent les choses et ont peur. Il y a les croyances religieuses qui peuvent être aussi un frein, mais peut-être qu’en Suisse, nous avons moins cette culture du partage que d’autres pays. Et puis il y a toutes ces images négatives, qui font peur. Mais tant la personne décédée que celle qui est transplantée bénéficient du même respect de la part du corps médical, tient encore à ajouter ce miraculé.

Dans le cadre de la Journée nationale du don d‘organes, le 16 septembre, le Département de la santé et de l’action sociale lance un campagne d’information sur cette problématique jusqu’au 20 septembre. Quelque 50 000 cartes de donneurs Swisstransplant seront mises à disposition dans les pharmacies du canton et les médecins relayeront la campagne dans leur cabinet. Un sondage montre que 75% de la population vaudoise est favorable au don d’organes en cas de décès, mais que seule une minorité se déclare clairement comme donneur. 20% seulement de personnes détiennent une carte de donneur. Se déclarer clairement comme donneur en cas de décès prendra toute son importance avec l’entrée en vigueur en janvier 2007, de la Loi fédérale sur la transplantation d’organes.
Organe de coordination:
www.swisstransplant.ch

Selon la nouvelle Loi fédérale uniformisant les pratiques cantonales, tout prélèvement sur une personne décédée ne sera possible que si celle-ci y l’a explicitement consenti avant son décès.
Si aucun document n’atteste de son consentement, il est demandé aux proches s’ils ont connaissance d’une déclaration de don.
En l’absence d’un tel document, les proches devront donner leur accord en respectant la volonté présumée de la personne décédée.
Si la personne décédée n’a pas de proches, il est interdit de précéder à un prélèvement. On peut être donneur à tout âge.

Source : www.lacote.ch



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

ANTOINE 15/10/2006 23:32

Je n'ai pas de carte mais mes proches, mes enfants,ma femme savent que je suis d'accord pour tout donner "jusqu'au bout des ongles."Le prélèvement d'organes dit "PO" est mon quotidien, je suis en plein dedans au CHU d'Amiens.Je suis sensibilisé depuis longtemps .Le PO peut sauver des gens.A bientôt

Françoise Rêves IsÚre 17/09/2006 15:09

j'ai ma carte de donneur depuis très longtemps...pour moi c'est "normal"...